La composition du Train pour Copenhague atteste de cette nouvelle lame de fond emportant toutes les luttes dans un même sens. Au départ de Paris 400 personnes se rassemblent dans la gare du Nord dès 8h du matin. Il y a là des militants d’organisations écologistes, comme Greenpeace ou les Amis de la Terre, mais aussi des mouvements de développement et de solidarité envers les pays du Sud, comme Oxfam, des associations locales comme les basques de Bizi, des altermondialistes comme ATTAC ou enfin des syndicats de travailleurs et quelques partis politiques…
On largue les amarres
A 8h30, après un enregistrement en gare réglé comme du papier à musique, les participants enfilent leur ponchos bleus et la marée humaine commence à déferler dans la gare pour submerger le train qui les mènera à Copenhague. Ce ne sera pas la galère, les organisateurs semblent soulagés. « On voit l’aboutissement de mois de travail, explique Anne Bringault, directrice des Amis de la Terre en charge de la préparation de l’événement. Arrivée en Gare de Bruxelles à 10h30, les français sont rejoins par 400 matelots belges pour la plupart membres d’organisations syndicales, eux aussi hyper motivés et organisés puisqu’ils sont en charge de la restauration bio et végétarienne mais surtout, spécialité nationale oblige, d’abreuver en nectar houblonné notre joyeux train. Le train quitte Bruxelles, l’heure du déjeuner arrive et marque le début de la fraternisation entre les différents groupes, on se partage victuailles et spécialités régionales, on sympathise en blaguant pendant que le train vogue en douceur. Les gens ici ne sont pas pressés, on prend le temps de discuter et de partager ses idées, on prend des airs graves pour parler de la crise et les yeux brillent en rêvant d’alternatives, en parlant de lutte commune et de sociétés soutenables… Un mini studio radio a été embarqué à bord et diffuse sur les ondes du train, les représentants d’organisations se succèdent au micro pour présenter leurs solutions pour sortir de la crise climatique. Comme on ne refait pas le monde en un jour, les débats finiront tard, ça tombe bien l’arrivée dans l’école où nous sommes hébergés est prévue à 4h du matin…
A l’abordage de Copenhague
Samedi matin, branle-bas de combat pour tous les marins d’eau douce trainés par la vague partie de Paris, il est 7h30 et il faut tant bien que mal se mettre en ordre de marche pour aller inonder les rues de Copenhague. A partir de 10h des milliers de militants se regroupent à quelques enclavures du Klimaforum, le « QG des alter », pour préparer un « raz de marée humain » organisé par Friends of the Earth international. Les gens enfilent tous un poncho bleu et les organisateurs arranguent la foule en lançant « What do we want ? », « Climate Justice !!! » répond la foule à l’unisson, « when do we want it ? », « Now !!! » s’impatientent les gouttes bleues pressées de déferler sur la ville. A 11h le top départ est lancé, le raz de marée festif submerge la ville à la vitesse d’un « cheval au galop »…
A midi, une soupe danoise aux légumes et oignons crus est servie gratuitement à tous les participants, de quoi se réchauffer un peu avant la grande marche populaire de l’après midi. A partir de 13h, le ruisseau des 5000 gouttelettes de la marée humaine se gonfle à vue d’œil, la place du Parlement est déjà engloutie. 20 000, 50 000, 100 000 personnes, les rues alentours débordent de manifestants enthousiastes et colorés, des groupes de théâtre de rue improvisent des mini-shows, des groupes distribuent des pancartes aux slogans bien sentis « il n’y a pas de planète B » ou bien encore « la nature ne fait pas de compromis, agissez maintenant », la marée monte, le départ est proche ! A 14h, c’est un fleuve gros de 100 000 personnes qui s’élance dans les rues pour dire stop aux changements climatiques et prier les gouvernements de prendre des mesures fortes pour réduire les émissions de CO2 et résoudre la crise globale. Le flot des manifestants est canalisé par des rocs danois aux allures de vikings ayant troqué leurs casques à cornes contre l’uniforme anti-émeutes, gare aux torrents agités qui voudraient écumer hors du fleuve pacifique ! Les grands boulevards rectilignes qui s’enchainent sur le parcours de six kilomètres laissent entrevoir la puissance tranquille de cette vague festive qui court sur plusieurs kilomètres, des navires à roues laissent flotter fièrement leurs étendards et motivent leurs moussaillons à coup de cris de ralliement et de bonne musique.
A partir de 18h, après une arrivée à bon port au centre de conférence international du Bella Center, la marée commence à redescendre et les marins regagnent leurs soutes respectives ou les tavernes du centre ville. La manifestation est une réussite, tant par le nombre que la diversité des personnes présentes, on croise des indiens, des latinos, des européens, tous avec le cœur gonflé par la certitude d’avoir participé à un moment de « globalisation de la lutte, de globalisation de l’espoir » pour reprendre les mots de Via Campesina…
Retour au port d’attache
Le dimanche matin, après un quart de repos mérité, les militants peuvent profiter d’une permission pour aller visiter le Klimaforum et ses nombreux stands associatifs, ou bien participer à l’une des nombreuses conférences qui se tiennent quotidiennement dans le bâtiment. A 15h, il est temps de regrouper les troupes et de reprendre la route du port d’attache parisiano-bruxellois. Le voyage est doux en début d’après-midi et invite à la sieste bercé par le clapotis des rails. A 19h, on abandonne la navette danoise pour rejoindre le bâtiment principal qui nous portera toute la nuit, les compagnons de route regagnent leur poste du vendredi et célèbrent ces retrouvailles comme il se doit au son des chansons et des bouchons qui sautent jusqu’à tard dans la nuit. Sur le retour, tout le monde ne fait qu’un, les gens circulent de « ouagons en ouagons » et échangent gaiement leurs impressions sur la déferlante de Copenhague. La soirée est animé, on se promet de se retrouver et d’organiser à nouveau des actions communes, on revoit les effectifs galvanisés, on établit des plans de batailles futurs…
A 8h du matin, lundi 14, nos marins du « Train pour Copenhague » se dispersent sur les quais de la gare, chacun regagne son foyer, heureux d’avoir fait un beau voyage et avec le sentiment d’avoir participé à une belle aventure humaine et militante dans la bataille pour la sauvegarde du futur des petits loups de mers.




























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